Gomme bichromatée

Le procédé photographique à la gomme bichromatée est une technique de tirage ancienne. Il s’agit d’un procédé non-argentique, qui fait partie de la famille des tirages pigmentaires. C’est au début des années 1850 qu’Alphonse POITEVIN découvre la sensibilité à la lumière du mélange gomme arabique, de bichromates alcalins (le plus souvent du bichromate de potassium est utilisé). La technique est brevetée en 1858 par le photographe John POUNCY. La gomme bichromatée est rapidement délaissée au profit d’autres procédés.

Il faut attendre la fin du XIXe pour que le procédé ressurgisse. Il est remis au gout du jour par Albert ROUILLÉ-LADEVÈZE en 1894, des épreuves à la gomme bichromatée sont présentées la même année, lors d’une exposition du Photo-Club de Paris. La gomme bichromatée, ainsi que d’autres procédés alternatifs tels que le cyanotype ou le tirage au charbon, trouvent à cette époque les faveurs des photographes pictorialistes. Ils en apprécient les possibilités d’interprétation données au tirage.

Comment sont réalisés les tirages à la gomme bichromatée

Le procédé à la gomme bichromatée consiste à appliquer un mélange de gomme d’arabique, de bichromate de potassium et de pigments, sur une feuille de papier. Une fois sèche, la feuille est couverte par le négatif et exposée au soleil. Les parties qui rencontrent la lumière se durcissent et emprisonnent les pigments. La feuille est ensuite plongée dans un bain d’eau froide, les parties solidifiés sont insolubles, elles apparaissent donc plus sombres. Les parties non exposées restent solubles, l’eau permet de les dépouiller de la couche enduite auparavant, elles apparaissent en clair. Le dépouillement peut se faire au pinceau, les teintes et les contrastes sont donc maîtrisés.

C’est ce qui fait son succès auprès des pictorialistes. Mouvement particulièrement actif entre 1890 et 1914, les photographes qui le composent cherchent à développer une nouvelle esthétique, qui se distingue du rendu mécanique de la réalité. Ils défendent une approche artistique où le photographe interprète le réel. La gomme bichromatée autorise des tirages beaucoup plus doux, où le flou permet de se rapprocher des effets obtenus en peinture.

Chaque épreuve à la gomme bichromatée est différente et nécessite un nouveau développement, au cours duquel le photographe va devoir dépouiller manuellement la photographie. Il existe donc des différences notables entre les tirages d’une même photo. Les diverses versions du Flatiron, photographié par Edward STEICHEN, illustrent les multiples interprétations possible d’un même négatif. Les pictorialistes autrichiens, tel Hugo HENNEBERG, poussent encore plus loin l’usage de la gomme bichromatée en mettant en place des gommes polychromes, qui permettent des tirages couleurs.

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